Pourquoi le recrutement en hôtellerie restauration est si compliqué ?

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  • Enquête difficulté à recruter dans le domaine CHR

Pourquoi les CHR ont-ils du mal à recruter ?

Comme dans beaucoup de domaines, l’hôtellerie restauration a beaucoup de mal à recruter. Manque de candidatures, manque d’engouements pour les métiers de cuisine et de salle… Pourtant ce n’est pas le manque de postes qui pose problème !

Franchement, j’en ai marre d’entendre et de lire ce genre d’article : Panique en cuisine, 16.000 postes à pourvoir d’urgence, malheureusement ce n’est pas le seul !

Alors pourquoi est-il si difficile de trouver des candidats pour des jobs de cuisinier ou serveur ?

Pour avoir souvent discuté avec mes équipes de salle et cuisine, j’ai une idée bien arrêtée sur le sujet. Vous n’allez certainement pas être d’accord avec toutes mes pensées…

Je vous partage tout de même ce coup de gueule en me glissant bien sûr dans la peau de l’employeur et de l’employé !

Enquête du Journal de l’hôtellerie restauration

Toutes les entreprises du domaine CHR (café hôtel restaurant) ont du mal à recruter. Je vais parler essentiellement de la restauration.

Vu que je suis un peu énervé aujourd’hui, oui ça m’arrive aussi 😉 ! Pour une des rares fois que le journal de l’hôtellerie restauration laisse libre d’accès un article ou une enquête sans devoir payer pour le lire…

Je m’y suis empressé et j’ai suivi les réactions des professionnels à ce sujet, via les commentaires.

Vous pouvez retrouvez l’enquête ici et le résultat ici.

Selon les résultats de l’enquête mener par nos amis du journal de l’hôtellerie restauration et CHD Expert, auprès de 4 998 répondants (3 699 employés et 1 299 employeurs), à la question : Pourquoi, selon eux, le recrutement est compliqué dans ce secteur.

Les points de vue des employeurs CHR

Réponses et avis des restaurateurs face au recrutement difficile

Merci au Journal hôtellerie restauration pour la qualité de cette image ! Réponses employeurs CHR.

Pour la majorité des employeurs CHR, avec 52%, les horaires trop contraignants sont la première cause des difficultés au recrutement. Le rythme de vie est également fortement mis en cause (51 %).

Parmi les autres problèmes soulevés :

  • la difficulté physique du métier (42 %)
  • le manque de candidatures (36 %)
  • le turnover (36 %)
  • trop de mauvais salariés (33 %)
  • la mauvaise image de la profession (33 %)
  • le manque de formation du personnel (31 %)
  • le volume d’heures trop important (25 %)…

Mon avis

J’hallucine ! Comme si les horaires contraignants étaient le premier facteur du manque d’engagements en restauration… Même si c’est un problème récurrent, beaucoup de métiers ont des horaires compliqués et pourtant certaines branches ont beaucoup moins de mal à recruter !

Le manque de candidature !!! Oui, c’est vrai si vous comptez simplement sur notre ami Pôle, vous risquez d’attendre longtemps.

Au passage, pour vos futures recrutements, cette plateforme risque de devenir incontournable dans notre domaine : Ejobber.

Et pour plus d’un tiers des employeurs, le turnover, des mauvais salariés et manque de formation du personnel !

Manque de formation, oui et non ! Oui, à la différence d’un apprentissage, le lycée hôtelier forme des cuisiniers et serveurs pour travailler dans des restaurants gastronomiques. Alors même qu’ils représentent que 10% du marché… La cadence n’est pas de la partie 😉 une table de 4 et de 2, ils ne sont pas débordés.

Et non car malgré tout, lorsqu’ils sortent de formation, ils ont tout de même acquis de bonnes bases. C’est de notre devoir, employeurs et restaurateurs, de les former en continue.

Pour les mauvais salariés, il y en a partout, comme de mauvais employeurs. Mais quand même 1/3 !!! Si en plus vous avez beaucoup de turnover, revoyez votre méthode de management.

Pour les heures, je ne pense pas que le nombre important soit le véritable souci, voyons ce que pensent les employés !

Le point de vue des employés

Réponses et avis des employés en cuisine et salle

Image du Journal de l’hôtellerie restauration, c’est déjà un peu mieux ! Réponses employés CHR.

Pour la majorité des salariés de l’hôtellerie restauration, les entreprises du secteur ont du mal à recruter parce que les salaires sont trop faibles à 63%.

  • les heures supplémentaires non payées (51 %)
  • les horaires (46 %) ou un rythme de vie (43 %) trop contraignants
  • trop de mauvais patrons (40 %)
  • un métier difficile physiquement (39 %)
  • un volume d’heures trop important (34 %)
  • les jours de repos non consécutifs (27 %)
  • le turnover (27 %)…
Résultat enquête Pourquoi CHR ont du mal à recruter par poste

Image du Journal Hôtellerie restauration. Sortez votre loupe ! Réponses par fonction.

Même par fonction les résultats sont assez similaires.

Mon avis

A l’inverse des employeurs, les employés relayent seulement à la 3ème place les horaires et le rythme de vie trop contraignants. Pour eux, les problèmes de recrutement en restauration seraient dus aux salaires trop faibles.

Soyons clair, si les articles, comme celui cité au début, et même les écoles hôtelières, ne promettaient pas des salaires de 1700 euros en sortie de formation (même après 2 ans XP), les employés seraient peut être moins déçus de leur première fiche de paye !

Je suis totalement d’accord avec les heures supplémentaires non payées. Un gros problème dans notre métier ! Pour cause, n’engagez jamais ce sujet lors d’un entretien d’embauche, c’est tabou en restauration…

Pour le reste on en revient encore au même. Un gros manque de pédagogie et de vérité sur ces métiers dès notre formation initiale ! Autant montrer tout de suite le vrai visage de notre métier, cela éviterait bien des désillusions…

Et oui, ce n’est pas top chef !

Pour preuve, je corrigeais les BTS à Toulouse, il y a 4 ans maintenant. Un des professeurs me confiait que dans certaines sections il y avait jusqu’à 50% d’abandon 3 ans après l’obtention du diplôme, ce n’est pas normal !

C’est un métier de passion, qui n’est pas toujours facile à gérer avec une vie sociale et familiale mais on y arrive, des milliers d’employés sont heureux en restauration !

Beaucoup de métiers sont plus pénible que ceux de la restauration.

Y a-t-il une vrai solution ?

Je pense très sincèrement que le salaire en restauration est un facteur qui ne pousse pas les nouvelles générations à choisir cette voie. Ce n’est pourtant pas le cas dans tous les restaurants.

Il existe une grande disparité également entre les chaines, les indépendants et les collectivités. Dans les salaires, les heures, les jours de repos… Nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne !

Un chef de rang à 35h d’un restaurant indépendant peut gagner le même salaire qu’un responsable cadre au forfait journalier (plus 70h semaine) de 2 restaurants dans une grande chaîne française…

Mettant en avant votre passion et limite votre reconnaissance à travailler pour eux !

Certains employeurs sont des patrons en OR à l’écoute de leurs employés, dans la mesure du possible, et d’autres de vrais bourreaux. Les horaires sont très souvent respectés dans les gros établissements et beaucoup moins dans les petits.

Mais je comprends également les restaurateurs. Que peuvent-ils faire lorsqu’un client arrive à 14h25 la bouche en coeur alors que vous devez libérer votre staff à 14h30 ? C’est un sujet compliqué et à prendre dans son ensemble.

Nous avons tous une part de responsabilité dans tout ça !

  • FORMATION : Une meilleure présentation de nos métiers dès l’école hôtelière.
  • EMPLOYEUR : Un meilleur accompagnement de nos employés pour la formation, être à l’écoute de leurs demandes et besoins dans la mesure du faisable.
  • EMPLOYÉ : Arrêtez de penser que votre emploi est le pire du monde et que l’on vous doit des lingots d’or mais au moins le fruit de votre travail.
  • CLIENT : Une remise en question dans notre façon de consommer en tant que client. Sincèrement, je n’irai jamais à la fermeture d’un restaurant !

Je ne fais pas de généralité, j’ai bien conscience que nous sommes assez divisés sur ce sujet et les résultats le prouvent.

Donc non, il n’y a pas de vrai solution ou alors il y a autant de solutions que de restaurants ! Quel est votre avis sur les difficultés à recruter dans le domaine des CHR ?

2016-10-18T10:10:02+00:00 3 août 2016|Emploi & Recrutement|

A propos de l'auteur :

Professionnel de la restauration depuis 16 ans. Directeur de restaurant et co-fondateur de BlogResto, spécialiste web et communication en hôtellerie restauration.

19 commentaires

  1. Serenest 14 avril 2017 at 16 h 28 min

    Je vous rejoint sur ce point, recruter un employé dans ce secteur n’est pas une mince affaire!

  2. Guillaume 18 avril 2017 at 16 h 18 min

    oui 😉 !!!

  3. GRANADOS 25 juillet 2017 at 18 h 28 min

    Coup de gueule !!!!
    Alors là moi j’en rajoute.

    Ma fille a commencé un apprentissage en cuisine fin juin, après avoir fait un stage non rémunéré de 2 semaines
    à ce jour son contrat n’est toujours pas signé.
    pas d’affichage des plannings dans la cuisine.
    pour sa première semaine elle a fait 62h30 (pauses des repas décomptées)plus de 50 heures la 2ème semaine sans jours de repos sur les deux semaines et évidemment elle apprend que ses heures supplémentaires ne seront pas payées.
    je ne parle pas des blagues à 2 balles et du reste
    alors comment vous dire : j’ai un peu de mal à lui dire continue ma fille esclave c’est un magnifique avenir.
    Pascale

  4. Klein 26 juillet 2017 at 17 h 54 min

    Le cout du travail est trop élevé, avec en parallèle des clients de plus en plus exigeants et qui consomment moins.
    Je suis certain que la plupart des restaurateurs aimeraient mieux payer leurs salariés, ce n’est pas une question d’envie, c’est une question de possibilités financières, beaucoup de salariés ne comprennent pas que si on ne payent pas plus ce n’est pas qu’on ne veut pas mais qu’on ne peut pas !
    Il faut arrêter de se mentir, la plupart paient “au black” (ou sont payés) pour pouvoir satisfaire aux exigences des uns, à la nécessité de se verser un salaire pour les autres.
    Et pour les clients, je sais pas si chez vous c’est pareil, les clients que l’ont acceptent tard sont 9 fois sur dix des clients qui ne consomment pas (peu) ! Comble de l’égoïsme !

  5. greffier 26 juillet 2017 at 19 h 59 min

    Pour une fois cette article est très bien tourné et relate effectivement toutes ces différences entre patron, salarié et consommateur..
    Pour ma part j’ai évolué dans tous types de restauration et hôtellerie, j’ai donc pu faire le tour de tous les postes et ainsi mieux comprendre les attentes de tous; horaire ,congé salaire etc.;
    A l’heure actuel ayant quitté la métropole pour m’installer en Martinique rien ne change que si tu veux un bon salaire” va le chercher..” les patrons sont prêts à donner plus si tu aimes ton métier…
    En bref trop de personnes prennent la restauration comme une solution de faciliter; ce qui détériore la valeur de notre métier, j’appelle ça”” des porteurs d’assiettes et s’ils avaient le sourire encore!!! “”
    Ce métier si tu l’aime il te récompensera sinon fait autre chose…
    Voilà mon mot de la fin et merci encore pour ce bel article

  6. Gomez 27 juillet 2017 at 8 h 54 min

    Totalement d’accord pour ce qui est de la formation. J’avais un prof de cuisine qui nous répéter sans cesse “si vous voulez vous reposez et sortir le samedi,il fallait faire de la compta”. Mais sa c’était avant. Les écoles de maintenant sont bien plus orientées sur l’hygiène et la gestion que sur le le côté factuel de notre métier. Bien entendu ces matières sont très importantes. Mais comme vous le dite si bien,c’est un métier de passion.
    Je pense que justement, un des problèmes, est que c’est devenu un job plus qu’un métier autant du côté employeur, qu’employer. Des cadres qui en ont assez du bureau et qui,parcequ’ils réussissent leur barbecue le dimanche et regardent les trop nombreuses émissions de cuisine se prennent pour des chefs! STOP. En France on peut ouvrir un restaurant ou être gérant d’un etablissement de chaîne avec un diplôme de gestion! Une petite formation vous sera demandé et c’est tout. Alors quand on est pas hôtelier, on ne devrait pas pouvoir accéder à se métier avec autant de facilité. Trop de “restaurants” sans vrais patrons. Incapables de distinguer une béarnaise d’une mayonnaise. Qui choisissent le personnel uniquement sur des critères physique. Il faut une alliance pour lutter contre ces usurpateurs.
    Ils payent la moitié au black, font travailler jusque 12h par jours et miroiter de gros pourboires. Pour rappel, les pourboires sont propres à chacun. Le patron n’à rien à voir.
    L’Hôtellerie est un fleuron Français. Reconnu à l’international. Ce n’est pas une voix de garage.
    Petit message aux grand chefs. Les caméras c’est bien,mais les fournaux et la formations c’est encore mieux! ????
    Merci pour votre article.

  7. Leydier 27 juillet 2017 at 9 h 05 min

    Il est évident qu’un mauvais management et une rémunération faible sont les deux principales causes d’une difficulté de recrutement . Un autre problème pourtant apparait : pour “tenir le coup” , des patrons alcolisés , caractériels , donc , et face à un salarié d’expérience , il y a de quoi péter un cable … Un manque de considération aussi intervient de la part d’une structure hiérarchique souvent incompétente à gérer du personnel ,soit du faîte de sa jeunesse , soit de relations tronquées par une certaine ambition et/ou des malversations …

  8. Huet André 28 juillet 2017 at 9 h 43 min

    on dit , travaille mérite salaire , malheureusement ce n’est pas toujours le “KKK” ,un bon Cuisinier n’est pas souvent ni reconnu ni encourager ….ce qui est démotivent pour des artistes …est certain établissement sont pas sérieux ne mérite pas de travailler pour eux…(Maître et Valet )de la Belle époque .qui montre une mauvaise image de notre belle profession, ” bref ils font coulé le navire”
    Si on a choisi se métier après avoir fait l’école Hôtelière ,on sait ou on va.,on y croit …,les temps changes , mais pas tous les employeurs, dommage que ça ne suive pas dans le bon sens . Il faudrait entre patron et employé ,engagé ,le respect , les reconnaissance , des tolérance et navigué ensembles dans le sens du vent….Nous employé on a une vie, une famille , et travaillé dans des bonnes conditions ……
    Employeurs , pour EXISTER, vous avez BESOIN DE NOUS DES PROFESSIONNELS.

  9. Thierry Levade 28 juillet 2017 at 10 h 31 min

    Vous n’avez jamais parlé du contact client . Qui est de plus en plus difficile en France . Avec un niveau d’exigence extrême par rapport à son investissement financier. Et puis le pourboire aujourd’hui est remplacé par des avis dévastateurs sur les réseaux sociaux. Si vous n’êtes pas satisfait d’une caissière, d’un employé de banque , d’un postier … vous n’allez pas l’écrire sur le net alors que le travail d’un cuisinier, d’un serveur, d’un restaurateur est longuement commenté accentuant le stress et la mauvaise motivation de travail
    Faites une enquête également à l’étranger pour voir si les soucis sont les mêmes
    Merci pour votre sérieux et votre pertinence. Personnellement après 30 ans de plaisir dans le métier , j’ai dit stop ! Avec regret mais nécessité pour conserver un peu de santé

  10. Guillaume 2 août 2017 at 11 h 17 min

    Bonjour Pascale,

    Je suis désolé pour cette situation, c’est souvent à cause de ce genre de pratique non professionnelle que beaucoup de jeune fuit la restauration.
    Ne vous arrêtez pas sur cette unique experience !

  11. Guillaume 2 août 2017 at 11 h 20 min

    Bonjour Klein,

    Oui c’est totalement vrai… beaucoup de restaurateur aimerait payé davantage leurs employés ! Je ne pense pas que les clients consomment moins mais différemment.

  12. Guillaume 2 août 2017 at 11 h 22 min

    Bonjour Greffier,

    Totalement d’accord !

  13. Guillaume 2 août 2017 at 11 h 26 min

    Salut Gomez,

    Oui, je n’ai pas abordé cela dans cet article. Trop de non professionnels ouvrent des restaurants et finissent par nuire à l’image de notre métier… Il est plus facile d’ouvrir un restaurant en France avec de l’argent qu’avec une véritable compétence…

  14. Guillaume 2 août 2017 at 11 h 28 min

    Bonjour Leydier,

    Je me retrouve totalement dans ce discours pour l’avoir vécu encore récemment !

  15. Guillaume 2 août 2017 at 11 h 31 min

    Bonjour André,

    Je ne suis pas d’accord avec : “Si on a choisi se métier après avoir fait l’école Hôtelière ,on sait ou on va.,on y croit…”
    Malheureusement, même après l’école hôtelière, il y a encore beaucoup d’abandon dans notre métier (salle et cuisine) !

  16. Guillaume 2 août 2017 at 11 h 37 min

    Bonjour Thierry,

    Je n’ai pas abordé le contact client, c’est vrai. Il n’y a pas qu’en France que cela devient de plus en plus difficile ! Les clients d’aujourd’hui veulent tout en payant le moins cher possible, ils se prennent pour des critiques gastronomiques avertis et vont même vous apprendre votre métier… Je suis pour les avis sur internet (même si j’ai une idée bien arrêtée sur le sujet, voir certains de mes articles…), il faudrait que cela soit beaucoup mieux contrôlé…
    Merci à vous Thierry.

  17. Albalex 28 août 2017 at 20 h 58 min

    Salut
    J’ai 45 ans et un cv qui tient la route car je suis assez polyvalent.
    Juin 2017 j’entre en temps que saisonnier dans un établissement payant au pourcentage et qui pourtant ne propose que 8% de rémunération (quand j’avais 20 ans je travaillais aux 15% de service…) mais comme l’endroit est très bien placé et le prix des consommations très élevés (4 euros 50 pour une canette de sodas ou 25 cl d’eau minérale), je me dis que peut être le jeu en vaut la chandelle.
    Je dis oui pour un 7/7 de 9h30 à 21h00
    Au final entre la pluie, le vent et peut être les prix, je fais 230 heures pour 1600 euros nets. Et encore parce que ces petits filous faisaient stopper mon contrat chaque fin de mois pour compter mes congés payés (payables normalement en fin de saison) et donner ainsi l’impression d’un salaire plus conséquent… comme si je n’allais rien voir.
    Je quitte donc ce piège à c… le 7 juillet.
    Un peu ennuyé par mes recherches où j’avais un peu l’impression de retourner 15 ans en arrière avec des propositions à 43 heures payées 35 ou bien avec des conditions comme certaines heures de fermeture non payées, je me suis tourné vers la Suisse.
    Libre comme l’air je pouvais partir du jour au lendemain. Je cessais donc mes recherches en France pour postuler sous d’autres latitudes..
    Hé bien c’était compter sans une grande nouveauté, enfin pour moi, où j’ai reçu, en plus de nombreuses tentatives d’escroqueries à l’emploi (mais ceci est un autre sujet) des propositions nombreuses d’établissements qui recrutaient.
    Je ne m’attarderai pas sur l’impolitesse de certaines qui vous donnaient juste un lien vers leur annonce comme si on ne les regardaient pas. Sur les coups de fils où on ne vous parle pas de salaire, comme si c’était secondaire.
    Dans le lot de prestigieux établissements lyonnais m’ont contacté et une sorte de fierté mal placée m’a fait donner suite.
    Je n’en ai fait que 3 et je suis redevenu humble… Au 32éme étage d’une tour les prix frôlaient les pâquerettes, et dans une institution de la ville, que j’appellerai L de L pour préserver son anonymat,on m’a proposé moins que ce que je gagnais à 20 ans.
    Pour tout dire j’aime bien, afin de rester accroché avec la réalité convertir mon salaire horaire proposé en coca (au prix pratiqué par l’établissement). Et pour la première fois donc, dans ce magnifique endroit tout en boiseries, avec ces tableaux anciens aux murs, ces photos de Chirac et Clinton venant manger, dans ce sublime restaurant où l’on m’a montré le salon particulier réservé aux célébrités, hé bien j’aurais gagné moins de 2 coca de l’heure.
    Enfin il me restait un dernier entretien le lendemain et croyez le ou non, mais j’étais tellement remonté que je n’ai pas pu fermer l’oeil de la nuit appréhendant encore un entretien où je risquais d’être très déçu, voire en colère.
    Cet entretien c’est un grand chef lyonnais qui a plusieurs restaurant qui l’a mené. J’ai rencontré une personne très agréable et le fait que ce soit lui et non pas un jeune loup costumé et aux dents longues comme pour les 2 précédents entretiens était une chose déjà honorable en soi à mon avis.
    L’entretien se déroule par sa partie la plus longue, à savoir l’historique de l’établissement, et à la fin grosse surprise ce monsieur me demande combien j’aimerai gagner pour ce poste en coupures à 43 heures par semaine.
    Mes bagages étant prêts, habitant une coloc, ayant très peu de biens matériels et quelques cv déjà envoyés en Suisse je me suis dit que je n’avais rien à perdre.
    J’ai donc parlé à cœur ouvert et dit exactement ceci “Monsieur X, je ne suis ni ambitieux ni vraiment intéressé de gagner un gros salaire. Cependant, j’aimerai, à presque 45 ans, pouvoir louer un deux pièces sans devoir avoir recours à un garant qui comme pour beaucoup s’avère être mes parents. Donc j’ai pris le loyer d’un deux pièces moyens à Lyon que j’ai multiplié par 3 puisque c’est ce que nous demande n’importe quel bailleur.”
    1800 euros nets voilà ce que le résultat de mon opération donnait.
    Il réfléchit me dit ok, mais pour les 2 mois d’essai vous ne toucherez que 1700 nets.
    Moi je vous assure que j’étais content, je m’en fichais des 3000 que je pouvais me faire en Suisse. Mon entourage, mes amis étaient plus importants que quelques centaines d’euros (bon d’accord plus d’un millier d’euros, mais comme je vous l’ai dit je ne suis pas matérialiste…).
    A 9h30 j’accèpte.
    Dans la foulée on me demande de me présenter au maître d’hôtel du resto où mon contrat devait se dérouler… A 10h30 on me donne mon horaire de début de service du lendemain. A 12h30 le chef m’appelle me dit que je suis pris à plein temps ceci donc la veile de mon essai.
    L’essai se passe bien. Le travail y est dur puisqu’on porte beaucoup de plats de fonte, que la prise de commande est digne d’un concours d’ingénierie. Par exemple même si quelqu’un ne prend pas de café ou de dessert, il faut quand même le marquer…
    Je sors de ce service plutôt content car comme j’ai une très bonne mémoire j’ai bien enregistré les consignes rapidement.

    Et là, paf un autre dilemme se pose à moi qui me vaudra une deuxième nuit d’insomnie.

    A peine posé à la table d’un glacier car ma coupure était trop courte pour que je puisse rentrer chez moi, j’allume mon téléphone et là j’avais un message du directeur d’un groupe où j’avais eu un entretien avec un adjoint. La rémunération n’y était pas terrible mais les horaires très intéressants pour moi (6h/14h30 un week-end minimum garanti par mois, blanchi, pas loin de chez moi). A la fin de l’entretien j’avais fait une proposition de salaire, mais cela datait d’au moins 3 semaines et je n’avais pas eu de réponse. Qui plus est j’avais même vu reparaître l’annonce, cette fois accompagnée d’un salaire inférieur à ma demande. J’étais donc surpris de l’appel mais en même temps mon intérêt renaissait pour cet emploi.
    Bon mais voilà, le problème c’est que maintenant j’étais dans une situation délicate. J’avais en quelques sortes fait l’aumône d’un salaire et on me l’avait donné. Je ne savais pas trop quoi faire, je me sentais redevable…
    … le temps de finir ma glace au citron, car après j’ai filé voir ce directeur quand même.
    On tombe sur un accord, Je rentre chez moi et passées les minutes à penser au confort de mon nouveau poste, je me mets ensuite à penser à l’inconfort de ma journée du lendemain. Comment allais-je annoncer mon départ…
    Je n’avais pas encore signé de contrat, j’aurais pu tout aussi bien ne pas y aller. Cependant vu comment s’était passé l’entretien, je me sentais vraiment obligé d’y aller. Donc presque honteux, j’y vais une heure à l’avance, j’explique le cas au responsable puis lui dit que si je suis venu si tôt c’est pour prévenir moi même le Chef.
    Le moment se passe, pas agréable comme prévu, je me confonds en excuse, je réitère mes remerciements…
    Et là commence ma journée de boulot. Un samedi de 11h à porter de la fonte comme déjà mentionné, par 35 degrés. J’ai tant transpiré que même ma cravate devait être essorée. Une coupure de 16h à 17h45. Le soir je suis parti à 23h45 car je ne voulais pas raté mon dernier bus vu qu je ne restais pas dans la maison. Je suis parti sans aucun de mes pourboires et sans qu’on me dise vraiment quand et comment je serai payé.Travaillant 5 jours par semaine en théorie, j’ai usé depuis ce jour quelques calculettes à essayer de trouver comment 5 fois 11 auraient pu faire 43 h par semaine…

    La morale de cette histoire c’est soyez les entrepreneurs de vos vies, gérez votre carrière comme une société. Faites des choix, faites en d’autres. Essayez. Mettez de côté les sentiments de culpabilité à abandonner une place.
    Bien sûr que c’est le salaire et les horaires qui font que ce métier n’est plus attrayant. Aujourd’hui il y a une pénurie de serveurs c’est clair, profitez du moment pour négocier.

    Voilà donc mon témoignage très actuel. Sinon je crois aussi que la “glamourisation” du métier de cuisinier à force d’émissions télévisées peut aussi expliquer le manque de personnes au service actuellement. Je crois que beaucoup de jeunes maintenant trouvent ce métier plus valorisant ce qui n’était pas le cas il y a 20 ans. Le cuistot est devenu un Chef et ça ça change tout.

    Merci pour l’article et les témoignages

    Albert-Alexandre

  18. Guillaume 28 août 2017 at 21 h 50 min

    Bonsoir Albert-Alexandre,

    Magnifique témoignage !!!

    Merci à vous.

  19. Albalex 30 août 2017 at 17 h 31 min

    C’est gentil merci

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